Du haïku - Un peu d'histoire : Bashô et Senryû-le-Vieux

HaikuNet - Bashô et Senryû-le-Vieux

 

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Les deux poètes à l'origine du haïku et du senryû sont respectivement Bashô et Senryû-le-Vieux. Le mot senryû a donc pour origine le surnom de son " inventeur ".

Matsuo Bashô (1644-1694) naît quarante ans après l’installation au pouvoir de la dynastie des shôguns Tokugawa, l’un des règnes les plus obscurantistes et les plus brutaux que le Japon ait jamais connu, ce que nous appellerions aujourd’hui un régime totalitaire. L’époque de Bashô correspond au règne de Louis XIV en France.

Bashô emprunte à des formes poétiques anciennes et les adapte aux besoins du moment. Non nova sed nove. De là naît le haïkaï-renga dont une forme abrégée sera nommée haïku à la fin du XIX-e siècle (sur HaikuNet, pour simplifier, on parlera en toutes occasions de haïku). L'action de Bashô s’inscrit dans un mouvement littéraire de réaction à la fois contre la poésie dite " savante " et contre son quasi-monopole par les moines bouddhistes et quelques poètes admis à la cour de l’empereur.

Bashô écrit nombre de ses poèmes lors de randonnées à pied et à cheval à travers le Japon. Ses haïku peignent donc la nature, ils sont souvent insérés dans des textes en prose, le tout se présentant sous la forme de carnets de voyage.

Il enseigne aussi à un nombre important de disciples la composition de haïku par la pratique. De fait, lui et ses compagnons bricolent leurs haïku tous ensemble. De par sa pédagogie, Bashô est un lointain ancêtre des animateurs d'ateliers d'écriture de poésie tels que ceux-là pratiquent aujourd'hui en France.

Après la mort de Bashô, ses compagnons – certains sont des marginaux – devenus poètes à part entière, publient leurs haïku avec les siens dans des recueils collectifs.

Senryû-le-Vieux vit moins d'un siècle après Bashô (1718-1790), toujours sous les shôguns Tokugawa. Son époque correspond aux règnes de Louis XV et Louis XVI et à la Révolution française.

A l’époque de Senryû-le- Vieux, le shôgunat a déjà largement donné la preuve de son incurie : dans les campagnes c’est la famine alors que le régime est tout entier gangrené par la corruption. Il est déjà décadent.

Le bouddhisme est lui aussi dans un état de décomposition très avancé : oisiveté, corruption, enrichissement personnel sur les oboles des fidèles et licence sexuelle coexistent à tous les niveaux de la hiérarchie cléricale. Et le clergé n’est plus qu’un relais du pouvoir shôgunal.

Les valeurs traditionnelles s’effondrent, le peuple japonais ne sait plus à quels saints se vouer. Il est en état de révolte, avérée chez les paysans, larvée dans les villes, à peine perceptible chez le poète, on risque sa vie :

Nous cassent les oreilles
à brailler que Son Altesse
va chasser les oies

Kobayashi Issa (trad. Jean Cholley)

Fonctionnaire dans l'administration shôgunale et maître de poésie à Edo (l’ancien nom de Tôkyô), Senryû-le-Vieux suit la ligne de l'école poétique Danrin, d'inspiration plus libre et au langage plus truculent que celle du Shômon de Bashô.

En organisant de continuels concours de senryû à Edo, Senryû-le-Vieux réussit à entraîner un nombre impressionnant de citadins de la capitale – de son vivant deux cent cinquante mille, soit un quart de la population... – dans une vaste entreprise collective de dénigrement moqueur du clergé bouddhiste et du pouvoir shôgunal.

Senryû-le-Vieux permet en fait à chacun d'exprimer en quelques mots amusants ou salaces sa grogne et son mépris du pouvoir. Mépris du pouvoir religieux, déjà :

Par le révérend
dans le lavoir se fait faire
la servante du temple

La mine des plus dégoûtées
du temple ressort
une chaste veuve

Quand est affamé le révérend emprunte la marmite
de son cuisinier

En des endroits flasques
seuls œuvre le révérend
pour sa plus grande faute

Ah effronterie
où les laïcs se distraient
ils vont eux aussi

Un saint moine saura
se la couper, mais quelle nonne
peut se la boucher ?

Un mât bien dressé
elle vous le recouche bien vite
la nonne en bateau

Mépris du pouvoir politique maintenant, mais en visant juste à côté et sous des formes elles-mêmes indirectes ; on risque sa vie :

Les dames du palais
vous ont la mine de ne pas
en avoir envie

L’air si arrogant
mais pour raffoler de ça
nulle femme n’est comme elles

Et une véritable,
quel goût peut-elle avoir, pense
la dame du palais

Courbés vers le haut
ils reviennent un peu plus cher
dit le colporteur

Si c’est le même prix
je prends le plus épais, dit
la dame du palais

Ça n'aura qu'un temps. La censure la plus absurde, notamment par caviardage des textes, viendra remettre de l'ordre dans tout ça. 

Et comme Bashô auparavant ainsi que nombre d'autres poètes de son temps, Senryû-le-Vieux anime des " ateliers d'écriture " de poésie. 

Les deux hommes ont donc surtout en commun d'avoir permis, chacun à sa façon, l'éclosion d'une poésie populaire. 

Quelques décennies après la mort de Senryû-le-Vieux (1790), le shôgunat de plus en plus impopulaire finit par tomber (1867), ce qui entraîne les débuts de la Révolution de Meiji l’année suivante. 

Nul doute que la pratique des concours de senryû a contribué – certes modestement mais contribué tout de même – à la chute du régime...

 

 

 

Haïku et senryû, poésie japonaise

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Anonymes (trad. J. Cholley, Haïku érotiques, Éd. Ph. Picquier)

Publié le 18 mars 2012
Philippe Costa - Comment Twitter s'est inspiré du haïku japonais, ce tweet du 17e siècle

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Mise en ligne : 1er décembre 2006
Dernière révision : mardi 1er janvier 2013
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